S’il y a bien une association qui a toute légitimité pour s’exprimer au sujet du syndic d’intérêt collectif, c’est bien QualiSR. Depuis plus de dix ans, cette dernière porte le projet d’une certification de syndics de redressement de copropriétés en fragilité ou en difficulté. Le 17 septembre, elle a organisé un colloque à l’Assemblée nationale, à l’invitation de Lionel Causse, député des Landes et ancien président du Conseil national de l’habitat.
La journée avait pour thème « La loi Habitat dégradé deux ans après ». Autour de plusieurs tables rondes, de nombreuses figures de la copropriété ont partagé, devant une salle pleine, leurs expériences de terrain sur le syndic d’intérêt collectif (SIC).
Susciter des vocations
« Le besoin [de SIC] est apparu sur le terrain » constate Denis Solina, chef du bureau du parc privé à la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP). Point de vue que confirme Florence Tulier-Polge, présidente du Conseil national des administrateurs judiciaires et des mandataires judiciaires (CNAJMJ), pour qui le SIC est « la traduction d’une réalité qu’elle a vécue ». Denis Solina ajoute qu’il est appréciable « d’avoir un tiers de confiance qui ait des connaissances spécifiques ».
Toutefois, aujourd’hui il y a peu de SIC et, même s’il n’existe pas de décompte officiel, leur nombre est estimé à environ une dizaine. Les candidats doivent par ailleurs faire face à des difficultés administratives. Ainsi, Alain Papadopoulos, délégué général de l’association QualiSR, souligne qu’il constate des problématiques pour obtenir l’agrément alors que le décret relatif à la qualité de syndic d’intérêt collectif prévoit qu’il est accordé dans un délai de deux mois à compter de la date de dépôt du dossier technique et de l’acte d’engagement complets (décret n° 2025-508 du 10 mai 2025).
Pour Arnaud Coll, co-président de la Commission syndic Fédération Nationale de l’Immobilier (FNAIM) nationale, « la profession est composée de syndics d’intérêt collectif qui s’ignorent ». Il explique que les syndics « font ce pour quoi ils ont été élus et gèrent déjà de l’habitat fragilisé ». Par ailleurs, il précise qu’aux difficultés de recrutement actuel dans la profession, s’ajoute pour les copropriétés fragiles, la problématique d’envoyer des collaborateurs dans des quartiers potentiellement difficiles.
Le besoin de formation a été plusieurs fois évoqué lors de cette journée. A noter qu’il y a des professionnels qui se spécialisent en matière de copropriétés en difficulté alors que ces dernières ne représentent qu’une minorité dans un portefeuille.
Lise Peinte, gestionnaire de copropriété au sein de l’Agence Centrale (Auvergne-Rhône-Alpes), syndic qui a obtenue l’agrément SIC, a fait part de son enthousiasme à gérer des copropriétés en difficulté : « Cela prend du temps, mais c’est un travail valorisant et riche ».
Bruno Fiévet, président de la commission « Accession sociale, copropriété, syndic » de l’Union sociale pour l’habitat (USH) explique que les organismes d’Habitation à loyer modéré (HLM) gèrent des copropriétés qui ne sont pas forcément dégradées. A l’heure actuelle, deux HLM ont obtenu l’agrément SIC et un troisième est en cours.
Position des syndicats professionnels
Pour Edouard Morlot, président de l’Union des syndicats de l’immobilier (UNIS), la dégradation du bâti et l’aspect financier sont tous les deux liés. Les syndics sont en première ligne pour faire face à la dégradation des copropriétés. Il estime qu’il faudrait 96 milliards d’euros d’ici 2030 pour financer les travaux et « sans partenaire, on ne va pas y arriver ».
Edouard Morlot a par ailleurs ajouté que le contrat de syndic n’a quasiment pas été revu depuis 2015, ce qu’il déplore.
La position de la FNAIM a été présentée par Olivier Princivalle, président FNAIM Grand Paris. Pour lui, il faut former les professionnels à l’identification des signaux faibles de la fragilisation des copropriétés et mobiliser les syndics spécialisés pour les immeubles en difficulté : « Cela passe par une amélioration du contrat de syndic, une revalorisation des aides à la gestion, une nécessité de reconnaître à sa juste valeur, le travail réalisé, notamment pour avoir des entreprises, économiquement viables, capables de réussir le challenge qui leur est donné ».
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