«Les solutions collectives de refroidissement permettent d’éviter de recourir à de la climatisation individuelle»
Créée en janvier 2011, l’Agence Parisienne du Climat (APC) accompagne la mise en œuvre des plans climat de la Ville de Paris et de la Métropole du Grand Paris. Entretien avec Karine Bidart, Directrice Générale de l’APC et Marin Pugnat-Kostrzewski, Chef de projet Climat et Adaptation.
Présentez-nous l’Agence Parisienne du Climat ? De manière générale, quelles sont les principaux sujets traités par l’agence ?
L’Agence Parisienne du Climat (APC) accompagne la mise en œuvre des Plans Climat de la Ville de Paris et de la Métropole du Grand Paris. Elle est l’Agence locale énergie et climat (ALEC) de Paris. Elle intervient sur les sujets du bâti, de l’énergie, du climat et de l’adaptation au changement climatique. Elle met en place des outils et dispositifs comme CoachCopro et AdaptaVille à destination de l’ensemble des acteurs du territoire pour répondre aux enjeux du bâti et de la ville dense. Elle est le guichet unique de l’habitat privé sur les sujets de rénovation, des énergies renouvelables et de récupération, de végétalisation, d’adaptation à la perte d’autonomie, de lutte contre la précarité énergétique et de réduction des déchets. Espace conseil France Rénov’ de Paris, elle est un lieu d’information et de conseil pour les propriétaires, locataires ou syndics qui ont des projets de rénovation. Les informations et les conseils sont gratuits et personnalisés.
Elle diffuse un socle de connaissances sur le changement climatique à Paris, notamment dans le cadre de son partenariat avec Météo-France.
Quels sont vos conseils pour adapter le logement aux fortes chaleurs ?
Les solutions à l’échelle du logement sont :
- Bloquer le rayonnement solaire : fermer stores ou volets dans la journée. Le rayonnement solaire est la principale source de chaleur : il représente environ 50 % de l’apport en chaleur, et l’équivalent d’un radiateur par fenêtre. Il est donc important de fermer les protections solaires (volets, stores, brise-soleil) dès que le soleil tape sur la vitre. A défaut, fermer des stores ou rideaux intérieurs permet, dans une moindre mesure, de réduire l’apport de chaleur. Il est également conseillé d’installer des protections solaires extérieures, plus efficaces que les intérieures car elles évitent l’effet de serre derrière la vitre ;
- Surventiler la nuit en ouvrant ses fenêtres pour évacuer la chaleur : le chaud migre toujours vers le froid. Aussi dès que la température extérieure est plus fraîche que la température intérieure il est recommandé de les ouvrir largement. Aérer pendant les heures fraîches est une manière naturelle de rafraîchir l’espace de vie. Quand les ouvertures du logement le permettent, il est conseillé de créer un courant d’air en ouvrant des fenêtres sur différentes façades, si possible opposées. Si le logement est mono-orienté, il est possible d’accroître le débit d’air en plaçant un ventilateur face à la fenêtre. Cette pratique est essentielle, notamment lorsque les vagues de chaleur durent plusieurs jours, pour décharger la chaleur accumulée dans les parois à forte inertie ;
- Rafraichir l’air en utilisant un ventilateur ou un brasseur d’air : le ventilateur ou le plafonnier sont un bon moyen pour ressentir une sensation de fraîcheur grâce au brassage de l’air. Le ressenti peut être abaissé jusqu’à - 4 degrés. Les ventilateurs portables ou plafonniers sont précieux pour créer une sensation de fraîcheur spécifiquement au cours des heures les plus chaudes de la journée quand l’ouverture des fenêtres n’est pas recommandée ;
- Limiter les apports de chaleur : il est conseillé de réduire tout apport de chaleur dans le logement : cuisine, eau chaude, appareils électriques rejettent beaucoup de chaleur.
Les solutions à l’échelle du bâtiment sont :
- L’isolation de la toiture et des murs : bien isoler les façades et la toiture de son bâtiment empêche la chaleur de s’introduire par les parois opaques, en plus de limiter les déperditions thermiques l’hiver. Si la structure a une faible inertie, il peut être intéressant de la compléter avec des matériaux biosourcés, mais il convient de privilégier la résistance thermique ;
- La peinture réfléchissante : installer une peinture réfléchissante en toiture, peut faire gagner quelques degrés en cas de canicule, si la toiture est mal isolée. Mais attention : cette solution n’est pas à généraliser car elle augmente les besoins de chauffage en hiver, et est peu adaptée au zinc. Il faut donc privilégier l’isolation, efficace en toute saison. La peinture réfléchissante est seulement pertinente à court terme lorsque des logements sont les combles deviennent inhabitables pendant les canicules, en attendant des travaux de rénovation qui résoudront les problèmes structurels du bâtiment ;
- La végétalisation : végétaliser les cours intérieures pour créer des îlots de fraîcheur ; végétaliser les toitures terrasses pour faire baisser la température de la surface des toits et contribuer à l’isolation des logements des derniers étages ; végétaliser les façades afin de réduire la chaleur captée par ceux-ci et de limiter la surchauffe au contact de murs mal isolés. La végétalisation comporte aussi d’autres bénéfices : pour la biodiversité, une meilleure gestion des eaux de pluie et la qualité paysagère de l’immeuble ;
- Les solutions collectives de refroidissement actif : pour se préparer aux étés très chauds à venir, il peut être intéressant d’installer un système de refroidissement à l’échelle de l’immeuble, notamment en cas de rénovation globale. Cela permettra d’éviter de recourir en urgence à de la climatisation individuelle qui sera plus énergivore, et de mutualiser les coûts et l’espace nécessaire. Plusieurs options existent, dont le potentiel et la complexité de mise en œuvre dépendront des caractéristiques du bâtiment : la géothermie de minime importance, qui utilise la fraîcheur du sous-sol pour refroidir un bâtiment en été (et inversement en hiver) ; se raccorder au réseau de froid urbain, qui fournit de l’eau froide à partir d’une installation centralisée pour alimenter plusieurs bâtiments ou locaux ; les pompes à chaleur collectives, qui transfèrent la chaleur entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment, afin de le chauffer en hiver et de le climatiser en été.
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