[N° 595] - Énergie en copropriété : comment maîtriser sa consommation ?

par Paul TURENNE
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Index de l'article

L'énergie constitue le premier poste des dépenses en copropriété. Comment les syndicats et les copropriétaires peuvent-ils les maîtriser ? Le point sur les gestes simples, moyens et techniques peu onéreux pour faire baisser la facture et préserver l’environnement.

Avec pas moins de 70 % des dépenses d’énergie dans l’habitat, contre 10 % pour l’eau chaude sanitaire par exemple, le chauffage occupe de loin la première place. Si cette proportion a de plus en plus tendance à baisser, du fait des efforts réalisés sur l’isolation, elle reste encore largement majoritaire. D’où l’intérêt d’agir sans plus tarder sur ce gisement d’économies.

A commencer par les fenêtres qui représentent entre 20 et 40 % des pertes de chaleur dans l’habitat collectif. L’installation de double vitrage récent permet de les diminuer très nettement par rapport à un simple vitrage. Mais même, par rapport à du double vitrage plus ancien, la différence est loin d’être négligeable. Depuis les années 80, les performances techniques des fabricants ont en effet, permis de diviser par deux les coefficients de transmission de chaleur. Sans compter les menuiseries dégradées qui peuvent laisser passer les courants d’air.
En attendant que la copropriété vote un éventuel remplacement global de toutes les fenêtres en mauvaise état, chaque copropriétaire peut agir à son échelle pour diminuer la sensation de parois froides, les déperditions thermiques et, donc, la consommation d’énergie utilisée pour se chauffer.


Mini gestes, maxi économies
Et les solutions en la matière ne sont pas forcément toutes complexes à mettre en œuvre. A commencer par le fait de fermer les volets la nuit. Ce simple geste permet de réduire jusqu’à 60 % la déperdition de chaleur de la fenêtre. Associé à l’installation de rideaux épais sur toutes les fenêtres des pièces chauffées, l’effet est saisissant. A l’inverse, en journée, il convient de favoriser au maximum les apports de chaleur gratuits par le soleil.
Autre possibilité : apposer un film plastique très mince sur les vitres, collé à l’aide d’un sèche-cheveu. Une solution relativement efficace qui s’avère pratique et peu onéreuse.
Un peu plus coûteuse, la pose de contre-fenêtres en plastique permet encore d’améliorer la performance énergétique en conservant l’ouvrant et le dormant. Attention à bien utiliser des joints d’étanchéité ou de la mousse isolante pour boucher les interstices des murs. Faute de quoi, le bénéfice sera quasi nul.
A la clé pour toutes ces actions, des économies d’énergie de 5 % en moyenne en habitat collectif.

A l’intérieur du logement, le simple fait de fermer les portes des pièces peu ou pas chauffées en journée, comme les chambres ou un cellier, permet encore d’économiser 6 % de l’énergie nécessaire au chauffage. Au niveau de l’entrée, la pose d’un “boudin” en bas d’une porte mal isolée, ainsi que l’utilisation d’un rideau épais contribuera également à réduire les courants d’air. De manière générale, l’idéal pour économiser de l’énergie reste de fractionner les surfaces pour éviter de chauffer de l’espace inutile. Enfin, si les radiateurs sont sous les fenêtres, attention à ce que les rideaux ne les recouvrent pas. Outre la perte d’énergie engendrée, les risques d’incendie ne sont pas négligeables, en particulier avec des radiateurs électriques.


Chauffage : place aux actions individuelles
En matière de chauffage, chaque degré en moins compte ! Bien sûr, pas question de descendre à 15°C, mais une température de 19°C sera tout à fait acceptable avec des parois isolées et pas de courants d’air. (cf. encadré “Quid du confort thermique ?”). Mieux vaut donc chauffer, au plus juste de ses besoins et uniquement les pièces de vie, quitte à porter un pull et à dormir avec un édredon, car la facture de chauffage augmente en moyenne de 7 % par degré supplémentaire.
Il est également possible d’économiser jusqu’à 25 % d’énergie en baissant le chauffage une heure avant d’aller se coucher ou en cas d’absence. Au-delà de deux jours d’absence, mieux vaut mettre le chauffage en mode hors gel, sous réserve de ne pas faire de surchauffe à son retour !

D’autres petits gestes simples permettent également d’accroître l’efficacité du chauffage, à consommation égale : comme dépoussiérer régulièrement les radiateurs qu’ils soient hydrauliques ou électriques, car la poussière bride leurs performances. De quoi faire jusqu’à 10% d’économies d’énergie très facilement !
Autre solution peu coûteuse à mettre en œuvre et très efficace : placer des panneaux réfléchissants derrière les radiateurs sur les murs non isolés. En envoyant la chaleur émise dans la pièce au lieu qu’elle ne se dissipe dans le mur froid, ces panneaux permettent d’augmenter la performance des radiateurs de 5 à 10 %. Attention, toutefois à ne pas les utiliser sur des murs isolés, car ils pourraient entraîner des problèmes de condensation entre le mur et les panneaux.
Vos radiateurs hydrauliques sont froids en haut mais chauds en bas ? L’explication est simple : ils ont très vraisemblablement besoin d’être purgés de l’air qu’ils contiennent et qui diminue leur rendement. Pour ce faire, fermez les robinets thermostatiques des radiateurs et prévoyez un récipient pour recueillir l’eau. Ouvrez ensuite le purgeur, situé du côté opposé au robinet d’alimentation, en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Un sifflement va alors se faire entendre, signe que l’air s’échappe. Refermez la molette lorsque l’eau s’écoule sans crachotements. Attention, certains modèles anciens de radiateurs nécessitent une clé spéciale pour dévisser le purgeur.

A noter : ne dévissez jamais la molette complètement, sous peine de risquer de ne jamais réussir à la remettre en place. Par ailleurs, l’air montant dans l’installation de chauffage, les radiateurs situés dans les étages devront être purgés plus fréquemment que ceux du rez-de-chaussée.


Quid des actions collectives à mener ?
Obligatoire tous les ans pour les chaudières à combustion, l’entretien régulier du système de chauffage diminue de 5 % en moyenne la consommation d’énergie. Faire vérifier régulièrement l’efficacité de la combustion par un professionnel permet en effet d’obtenir un rendement maximal de l’installation.

Par ailleurs, au fil du temps, le circuit de chauffage hydraulique sur une installation collective finit par s’encrasser. La tuyauterie va en effet s’oxyder et former des boues avec les sels minéraux contenus dans l’eau du circuit, nuisant ainsi à la circulation et à la diffusion de chaleur dans le réseau. Un préjudice qui peut représenter jusqu’à 40 % de la performance de chauffage optimale ! D’où l’intérêt de faire régulièrement désembouer le circuit de chauffage. Cette action corrective doit impérativement être menée par un professionnel, car les risques de fuites ne sont pas nulles suivant l’état des canalisations.

Enfin, de manière générale, il convient d’isoler l’ensemble des tuyaux d’eau chaude avec des matériaux calorifuges. Leur isolation doit être de classe 2, ce qui signifie que l’épaisseur de l’isolant doit être au moins égale à la moitié du diamètre extérieur du tuyau. Ce calorifugeage peut se faire par bandes isolantes enroulées, par des manchons ou des coquilles souples en mousse ou en fibres minérales. Des isolants à base de laine de mouton ou de chanvre, plus écologiques, peuvent également être utilisés. Attention, cependant : dans tous les cas, le matériau doit résister à l’humidité et être appliqué sur des canalisations propres.


Ventiler pour moins chauffer
En hiver, mieux vaut ventiler toutes les  pièces avec les fenêtres grandes ouvertes, pendant cinq à dix minutes, pour mieux pouvoir chauffer après. Etonnant ? Pas tant que ça ! Et pour cause, un air humide consomme plus d’énergie pour être chauffé qu’un air sec. Or, les habitants d’un logement produisent beaucoup de vapeur d’eau du fait de leur simple présence, mais aussi avec la cuisine ou la salle de bain. Ne pas ventiler en hiver sous prétexte qu’il fait froid est donc une mauvaise idée qui fera consommer davantage d’énergie !

Autre idée reçue : aérer pendant dix minutes les fenêtres grandes ouvertes refroidirait durablement l’appartement. Et pourtant… laisser une fenêtre entrebâillée pendant une longue durée, non seulement ne renouvellera pas suffisamment l’air, mais en plus refroidira bien plus les murs et le mobilier. Avec à la clé une consommation supplémentaire de chauffage pouvant aller jusqu’à 16 %. A savoir également : certaines heures sont défavorables en terme de qualité de l’air en ville :
• l’hiver, mieux vaut éviter d’ouvrir vos fenêtres entre 14h et 18h et aérer entre 8h et 11h le matin ou entre 22h et minuit le soir.
• l’été, les heures les plus chaudes entre 11h et 17h sont à proscrire. Mieux vaut aérer entre 21h et 10h, quand l’air est le plus frais.

Enfin, pensez à nettoyer les grilles d’entrée d’air et d’extraction de la VMC (ventilation mécanique contrôlée). Car outre un air vicié, des bouches d’entrée et d’extraction encrassées entraînent une surconsommation du moteur de la VMC et une moindre efficacité pour évacuer l’humidité.


Consommation  d’électricité spécifique : haro sur les gaspillages
L’énergie, c’est également l’électricité dépensée et, notamment, l’électricité spécifique, c’est-à-dire autre que celle utilisée pour le chauffage et la production d’eau chaude. Or, depuis trente ans, la consommation de cette dernière a été multipliée par quatre dans le secteur de l’habitat.

En cause : la multiplication des équipements de petit et gros électroménagers tels que les ordinateurs, décodeurs TV, box internet, combinés réfrigérateur-congélateur, sèche-linge… D’où l’intérêt d’acquérir des gestes simples, comme débrancher les appareils en veille inutilisés ou les chargeurs qui continuent de consommer de l’électricité à vide. Ou bien encore de remplacer les lampes halogènes par des ampoules basses tension, voire des Led.


Robinets thermostatiques : tout simplement indispensables
La pose de robinets thermostatiques sur des radiateurs hydrauliques permet un réglage de la température pièce par pièce avec une bien plus grande souplesse que celle offerte par un simple robinet. Equipés d’une sonde de température mesurant la température de la pièce, ils agissent directement sur un régulateur de débit d’eau. A la clé, une réduction de la facture de chauffage d’au moins 5 à 10 %.
Si la pose de robinets thermostatiques sur les radiateurs situés dans les parties privatives relève de la responsabilité des copropriétaires concernés, la copropriété peut tout à fait sensibiliser ces derniers, voire faire voter cette résolution à l’article 25. Par ailleurs, si elle fait appel à un chauffagiste ou à un plombier pour changer un grand nombre de robinets le même jour, celui-ci sera à même de proposer un tarif beaucoup plus intéressant que pour un seul appartement. Attention, cependant à anticiper car l’installation d’un robinet ne peut se faire si le réseau est en eau.


Chaudière individuelle : penser au thermostat d'ambiance
La plupart des circulateurs des chaudières individuelles tournent en continu pendant la saison de chauffe, voire l’été, faute d’être asservis au thermostat d’ambiance. Une telle action permet pourtant de réaliser une économie de 230 kWh/an, en moyenne, par chaudière. Ce qui est loin d’être négligeable à l’échelle d’une copropriété ! Un chauffagiste mandaté par la copropriété peut ainsi tout à fait vérifier, à l’occasion de sa visite annuelle, si la pompe de circulation reliée à la chaudière est bien asservie au thermostat d’ambiance. Le cas échéant, il pourra effectuer ce correctif.


Quid du confort thermique ?
A température égale, la sensation de confort thermique peut être très différente selon les situations et d’un individu à l’autre. Plusieurs facteurs extérieurs peuvent en effet l’influencer.
Les mouvements d’air autour du corps contribuent à augmenter les pertes de chaleur et la sensation de froid. D’où l’intérêt d’éviter au maximum les courants d’air en hiver. L’humidité oblige, elle aussi, à chauffer davantage. En effet, plus l’air est humide, plus il devient difficile d’arriver à une température de confort car l’énergie apportée va d’abord servir à chauffer l’eau contenue dans l’air. C’est, entre autres, pour cette raison qu’il convient de toujours ventiler un logement, même en hiver.
Enfin, la température ressentie dans la pièce joue bien évidemment un rôle. Et pour cause, celle-ci est la moyenne entre la température de l’air et celle des parois. Si l’on augmente la température des parois avec une
isolation performante, il devient possible de diminuer la température de l’air et donc de chauffer moins. Le tout à confort thermique égal. CQFD.


Pour aller plus loin
Identifiez les actions prioritaires et mettez-les en oeuvre progressivement sur la durée, plutôt que d’essayer de tout mener de front.
La température ressentie est la moyenne entre la température de l’air et celle des parois. D’où l’intérêt de soigner l’isolation.
L’utilisation de rideaux ou de portes pour séparer les espaces chauffés de ceux qui ne le sont pas ou qui le sont peu permet de réaliser de substantielles économies.