Mon premier papier sur l’intelligence artificielle date de novembre et il avait encore un côté futuriste. Aujourd’hui, une fédération nationale de syndics vient d’annoncer avoir signé un partenariat avec une start-up lyonnaise qui commercialise une plateforme agentique pour les syndics et la gestion locative.
Lisons le «pitch» du produit : «[l’agent IA] travaille sur deux fronts. En automatique, il trie et pré-répond aux mails, décroche le téléphone aux horaires souhaités et mémorise les infos éparpillées entre le bureau et le terrain. Sur demande, on lui confie les missions chronophages : préparer une AG, comparer des devis, monter un dossier sinistre». Il se branche sur le logiciel métier et la messagerie du cabinet, analyse les sollicitations reçues et génère des «tickets» pour le collaborateur concerné, qui n’a plus qu’à vérifier les réponses préparées et traiter les cas un peu plus complexes…
Nul doute que les dirigeants vont mordre à l’hameçon, avec cette start-up ou toutes celles qui s’apprêtent à s’engouffrer dans l’IA agentique, la plus prometteuse, car outre d’être générative, elle fonctionne de manière autonome, comme un collaborateur supplémentaire infatigable, à l’initiative mais aussi toujours prêt à servir quand on lui demande. Vertigineux de possibilités encore à développer !
Mais une fois passée la fascination, trois dangers majeurs menacent ces professions, comme beaucoup d’autres d’ailleurs ! La première est la perte de contrôle par les collaborateurs de l’organisation de leur travail : c’est la plateforme qui ordonnance leurs journées et les transforme en machines à traiter des «tickets». Ils sont à son service plus qu’elle ne l’est au leur… Le deuxième est la déqualification, notamment des gestionnaires : l’IA leur servira les approches techniques, la loi et la jurisprudence sur un plateau, alors pourquoi se former au préalable, puis réfléchir et prendre des initiatives ? Tout leur travail sera mâché et ils pourront ainsi traiter plus d’immeubles… Le troisième est qu’une fois que les entreprises seront tombées dans la dépendance de ce type d’outils, la productivité apportée risque de ne pas se voir dans leur marge d’exploitation : elle sera rapidement aspirée par les fournisseurs de ces plateformes, et derrière eux ceux des modèles d’IA, à savoir les futurs grands monopoles mondiaux qui sont en train de se constituer, et qui devront rentabiliser les milliards investis dans les data centers et les infrastructures énergétiques… Il est à prévoir que moins ce sera soutenable en termes de ressources minières, énergétiques, hydriques et environnementales, plus ce sera cher !
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