Métier complexe, le syndic de copropriété peut susciter des vocations mais aussi du rejet. Les nouveaux outils à disposition pourraient redonner de l’attractivité à la fonction.
Devenir syndic de copropriété peut-il être une vocation ? La question peut sembler surprenante tant la profession est parfois décriée. Tout d’abord, le métier est difficile notamment lorsque les relations avec les copropriétaires ou les fournisseurs sont tendues. En outre, les critiques adressées aux syndics sont parfois vives tant de la part des associations représentant les copropriétaires que des médias. Les fédérations professionnelles réunissant les syndics estiment que certaines critiques sont excessives. Elles reconnaissent toutefois que les agissements de certains professionnels portent préjudice à l’image de la profession. Pourtant, être syndic comporte de nombreux avantages de nature à susciter des vocations : le travail présente une grande variété de sujets car il se trouve à l’intersection de nombreux domaines que ce soit le bâtiment, la gestion comptable et financière ou même la psychologie. «Une fois qu’on y a gouté, on ne peut pas s’en passer», affirme Christophe Veyrières, syndic en région parisienne. La vocation peut même toucher toute une famille comme c’est le cas chez les Veyrières où l’activité de syndic a commencé en 1979 avec les parents de Christophe Veyrières. Ce dernier a récemment repris l’entreprise familiale et sa sœur est devenue syndic en Aquitaine.
Véritable chef d’orchestre de l’immeuble
Assurer la conservation des immeubles, rôle premier des syndics, peut également être considéré comme une tâche noble et suscite des vocations pour ceux qui s’intéresse au bâtiment, à ses pathologies et aux moyens d’y remédier. Pour autant, il ne s’agit pas d’un métier purement technique, puisqu’une dimension financière et comptable s’y ajoute. Selon, l’UNIS, une des principales fédérations professionnelles, le syndic est finalement un chef d’orchestre qui touche à tout : le droit, la comptabilité, les assurances, les pathologies du bâtiment, la bureautique, le droit immobilier mais aussi la rénovation énergétique et plus récemment la gestion d’emprunts complexes. «Un jour, on lit un rapport d’expertise sur des fissures en façade, le lendemain on prépare un budget prévisionnel, le surlendemain on anime une assemblée générale qui peut vite chauffer. Il faut une formation solide et une vraie culture générale. On est dans les enjeux patrimoniaux, humains, énergétiques pas dans la routine», affirme Danielle Dubrac, présidente de l’UNIS. La dimension humaine du métier, cruciale pour l’activité, est souvent sous-estimée et c’est bien souvent la plus complexe à accomplir. «Le syndic, est d’abord quelqu’un qui fait tenir les gens ensemble. On dit souvent qu’il gère un immeuble, c’est bien sûr vrai, mais ce qu’il gère aussi ce sont des relations», complète Danielle Dubrac. Il peut s’agir de voisins qui ne s’entendent pas, des copropriétaires qui ont des intérêts différents, des gens qui vivent côte à côte sans forcément se choisir. Etre syndic implique d’aimer le contact, de ne pas fuir le conflit et d’avoir envie que les choses se passent bien pour tout le monde.
Difficultés de recrutement
La complexité du métier fait que la profession peine à recruter. Les assemblées générales qui se passent tard le soir et posent des problèmes d’équilibre entre la vie de famille et la vie professionnelle sont un des freins au recrutement. «Dans les immeubles tertiaires pour lesquels les assemblées ont lieu en journée, les postes de gestionnaires sont pourvus sans problème. C’est plus difficile pour les immeubles de logements», indique Christophe Veyrières. Autre problème : les gestionnaires se retrouvent parfois face à une abondance de courriels de copropriétaires avec le souhait de ces derniers d’obtenir des réponses dans des délais très courts. «Lorsque la porte de parking est bloquée, le syndic reçoit un premier mail à 8h puis une avalanche jusqu’à ce que le problème soit réglé même s’il s’est occupé de la question», explique Erwan Dupuy, PDG d’Evoriel. Dans ce type de problème, le développement de l’intelligence artificielle arrive au secours des gestionnaires. L’outil peut préparer des réponses qui permettent au copropriétaire de patienter ou d’être informé du moment où la réparation sera effectuée. Des envois de SMS générés automatiquement indiquant au copropriétaire que le problème est pris en compte sont également un des moyens de temporiser. Le gestionnaire peut alors se consacrer plus facilement à son métier. La profession a également augmenté les rémunérations de façon à faciliter le recrutement : un gestionnaire débutant peut gagner 45 000 euros bruts et la somme peut aller jusqu’à 100 000 euros par an pour un directeur de copropriété. Reste à améliorer les conditions de travail. En effet, les gestionnaires se plaignent de gérer trop d’immeubles et de la pression qui leur est imposée. «En fonction de la structure dans laquelle les gestionnaires évoluent, la pression peut être plus ou moins forte. Le turn-over des gestionnaires est parfois très important avec un sentiment d’abandon pour les copropriétaires», explique David Rodrigues, juriste à l’association Consommation, logement, cadre de vie (CLCV). Reste à redorer l’image du métier, tâche actuellement entreprise par les professionnels de l’immobilier. L’un des objectifs est de faire en sorte que les syndics qui ne respectent pas leurs obligations déontologiques et nuisent à son image puissent être rappelés à l’ordre ou même radiés. Pour cela, deux logiques s’opposent : mettre en place la commission de discipline des syndics prévue par la loi ALUR de 2014 ou bien créer un ordre qui puisse intervenir en cas de problème. La commission de discipline serait plus facile à mettre en place qu’un ordre qu’il faudrait créer de toutes pièces. De plus, les syndics sont des professionnels de l’immobilier qui exercent souvent d’autres activités comme la transaction ou la gestion locative. Un ordre porterait nécessairement sur un champ plus large que la partie syndic. La question est en débat pour l’instant mais améliorer l’image de la profession permettrait d’attirer de nouveaux talents.
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