Copropriété : Coup de feu en cuisine

par Gilles Frémont, Directeur de copropriété
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Je fais mille choses à la fois. Le coup de feu, c’est quand l’heure a sonné et qu’il faut livrer la marchandise, quand on ne peut plus tergiverser, quand tout s’accélère et se met au diapason, à la suite d’exercices mille fois répétés, entre organisation drastique et touche d’improvisation.

Le bureau court dans tous les sens, ça parle, ça s’accroche, la tension monte.

Comment vais-je faire pour tout finir, jamais je n’y arriverai c’est impossible, il me faudrait deux fois plus de temps.

Quoiqu’il arrive tout sera prêt à l’heure, j’en fais un point d’honneur. Le rendu final sera parfait. 

Article paru dans les Informations Rapides de la Copropriété numéro 679 de juin 2022

Le coup de feu pour le syndic, c’est de février à avril. Trois longs mois d’intensité extrême à la sortie de l’hiver où je ne vois plus le jour, où tout s’entrechoque. Tout contrôler, tout gérer, sortie de route interdite, café au litre, mieux vaut bien dormir, manger léger et respirer.

Le marathon de la copropriété, c’est du haut niveau. Mes journées sont tirées au cordeau, la mécanique est bien huilée, l’équipage est sur le pont. Je carbure. C’est parti…

9h, j’attaque avec les ordres du jour, j’ai ma trame, résolutions travaux, résolutions procédures, j’y mets du style, cinquante convocations à rédiger ce n’est pas de la rigolade, une par jour, le matin à la fraîche quand mon cerveau est éveillé…

10h, je passe aux clôtures de comptes, mon comptable est au taquet. Il les empile sur mon bureau, je pointe, le nez collé dans le papier, factures, imputations, répartitions, tva et libellés, le fonds travaux est à sec, annexes 1 à 5, je passe au peigne fin, je valide, coup d’œil au budget, ligne par ligne avec la règle, j’analyse, j’ajuste, je les aime ronds et pas trop serrés, syndic bon père de famille je vois large. Je checke mes mels entre deux. Tiens, un peu de courrier, une réclamation manuscrite, pattes de mouche à l’ancienne au moins c’est bien formulé…

11h, ça sonne à la porte, voilà le conseil syndical qui vient vérifier les comptes, je les avais oublié : «- Monsieur Frémont, on est venu à plusieurs, tenez, la note de taxi, vous mettrez ça en frais divers - On veut aussi vous parler de l’assemblée - Pourquoi, il y a un problème ? - Je deviens parano…».

14h, j’avale une salade, pas le temps de roupiller, les convocations partent à la chaîne… Mince, il manque un devis, je passe un coup de fil à l’entreprise : «- Il me le faut maintenant vous comprenez, pas dans deux heures, maintenant ! - Désolé si je parle fort, je suis un peu tendu en ce moment». Le facteur ne va pas tarder, mon assistante est sur la brèche, je compte sur mes doigts, vingt-un jours, je suis limite, pas de panique.

16h, je checke mes mels, soixante dans la boîte, j’ai des vertiges, pas le moment de flancher, je les prends un par un «- Monsieur Frémont combien je vous dois ? - J’ai perdu mon badge je peux en avoir un autre ? - Mon voisin fait du bruit ! - J’ai une grosse fuite dans mon salon ! - Je peux boxer mon parking ? - C’est quand la prochaine AG ?» Allez bim-bam-boum, je mitraille en une heure j’ai tout plié, pas le temps d’épiloguer.

17h, je démarre mon AG, la cinquième de la semaine, je suis dans le dur, grimpeur maillot à pois, je préfère les enchaîner, après je suis débarrassé, les beaux jours ce sera terrasse ensoleillée, brochettes et rosé.

20h, c’est terminé, au revoir messieurs dames, je checke mes mels, encore vingt, c’est sans fin, j’en traite deux-trois, histoire de nettoyer, le reste on verra demain, mon cerveau ne répond plus, l’esprit est embué, je rentre, je dors, je repars demain.

Allez, ça ira mieux au mois de juillet.

 

Gilles Fremont

Gilles Frémont, directeur copropriété