Copropriété : Les bonnes mœurs

par Gilles Frémont , Chronique assurée et rédigée par l’Association nationale des gestionnaires de copropriété
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«Monsieur le syndic, nous avons eu la désagréable surprise de retrouver ce matin le hall d’entrée maculé de sang. Il y en avait partout du sol au plafond. Nous déplorons une fois encore le comportement particulièrement licencieux du locataire (ou sous-locataire, on ne sait plus) du rdc droite. Cette dame (ou ce monsieur, on ne sait plus), reçoit toutes les nuits des individus louches. Ça crie, ça tape dans les murs. Le local poubelles est jonché d’immondices, les préservatifs bouchent le siphon. Alors que nous avons désactivé le digicode, cette personne jette à ses visiteurs par la fenêtre, le vigik enroulé dans une chaussette en boule. Ce petit manège est bien huilé. Cette maison est devenue un lupanar. Par conséquent, nous vous mettons en demeure de faire cesser immédiatement cette situation chaotique qui n’a que trop duré. Il en va de votre responsabilité.

LE CONSEIL SYNDICAL.

PS : merci d’imputer la facture de nettoyage au propriétaire».

Article paru dans les Informations Rapides de la Copropriété numéro 670 de juillet-août 2021

Bien… Il ne manque plus que le fouet. Par quel bout vais-je prendre le dossier ? Sur quel fondement attaquer ? Quelle solution pratique et pas chère leur proposer ? Évitons la consultation d’avocat, ils refuseront de payer la note. La police ? Premier réflexe, mais elle n’aime que les flagrants délits. On oublie. Une lettre au commissaire avec pétition des habitants ? Bonne idée, mais personne ne voudra la signer. Peine perdue. Une caméra dans l’entrée ? Astucieux, mais pas sûr que l’on distingue les visages, et le délit n’a pas vraiment lieu devant le tableau d’affichage. Le trouble du voisinage ? Classique, mais il me faudra des preuves et prendre sur le vif, à moins que l’huissier n’accepte de se dévouer ? Trop fragile. Tenter la conciliation ? Pourquoi pas, mais ça va tourner au vinaigre dans le bureau du conciliateur. Trop risqué. La violation du règlement de copropriété ?  Chapitre destination-occupation : «les appartements devront être occupés par des personnes de bonne vie et mœurs». Pertinent, mais il me faut un mandat voté en assemblée générale, et à ce qui paraît, le propriétaire est complice. Non, la réunion va dégénérer. La sacro-sainte loi de 1965, article 9 et la jouissance paisible ? Intéressant, mais l’adversaire va jouer sur les mots. Trop léger. L’action oblique pour résilier le bail du locataire ? Pas mal, mais d’ici l’expulsion, tout le monde sera mort. Trop long...

Je réfléchis : obligation de moyen, pas de résultat. D’accord, mais il faudrait quand même se débarrasser de cette sale affaire. Sinon c’est moi qui vais sauter. Pardon. Je vais déjà faire un petit courrier au propriétaire, peser mes mots et conjuguer au conditionnel. Je vous saurais gré de bien vouloir. Délicat. Il dira que j’accuse sans vérifier. Dans tous les cas, je suis tricard. Allez-y Monsieur le syndic, on vous regarde.

Au début on se demande ce qu’on fait là.

Après, on souffre et on s’endurcit.

A la fin, si on est toujours là, on est invincible,... inébranlable.

Gilles Fremont

Gilles Frémont, directeur copropriété / Président ANGC

 

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