[N°656] - Les poubelles du restaurant

par Gilles Frémont, directeur copropriété / Président ANGC
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Quand mes amis me demandent ce que je fais comme travail, les réflexions vont toujours bon train.

«Quel syndic ? FO ou CFDT ?» pour les plus militants et les moins érudits ; ou bien, «Tu n’aurais pas un studio à vendre côté rive gauche ?» pour les généralistes qui pensent encore que je suis agent immobilier ; ou bien encore, «Ah, c’est toi qui t’occupes des poubelles ?», l’air espiègle et un brin hautin de ceux qui ont de vagues compétences.

Passons sur les fables, fantasmes et autres mythes. À ces amis, je réponds toujours avec contenance que oui, c’est bien moi, le syndic, et je m’occupe aussi des poubelles.

Alors, pour capter l’attention de mon auditoire et enfoncer le clou avec élégance, je leur raconte justement mes histoires, mes histoires de poubelles, avec grandiloquence.

Nous sommes en assemblée générale, l’ordre du jour officiel s’achève et arrivent les questions diverses, cet ultime point qui ne figure pas à la convocation mais qui revient avec insistance chaque année ; ce moment essentiel à la vie sociale de l’immeuble où les copropriétaires expriment leurs opinions au milieu du groupe, véritable instant de démocratie où l’on débat hors du temps et hors forfait de questions éminentes telles que l’abri à vélos, les rats morts et le sapin de noël.

«Monsieur le syndic, est-il normal que la gardienne sorte les ordures du restaurant ?».

Bien qu’il soit 22h, je tente une réponse juridique pour montrer tout le savoir du syndic professionnel : «Non, ce n’est pas normal Madame, ces bacs sont privatifs, le nom du restaurant est d’ailleurs inscrit dessus à l’arrière sur le code barre ; il doit donc faire son affaire personnelle de leur rentrée et sortie. D’ailleurs, en toute rigueur, ces containers privés n’ont rien à faire dans la cour de l’immeuble qui est une partie commune, leur présence constitue donc une simple tolérance que l’on pourrait qualifier de droit de jouissance à titre personnel, informel, temporaire et révocable, que vous pourriez dénoncer à tout moment».

Le bailleur du restaurant, assis au dernier rang, ne l’entend pas de cette oreille. «Je paye des charges comme tout le monde ; donc je ne vois pas pourquoi la gardienne ne sortirait pas mes poubelles ?».

Je paye donc je suis.

Poursuivons la démonstration. «Monsieur, vous confondez vos poubelles avec celles de l’immeuble que vous pouvez effectivement utiliser, mais celles-ci vous risquez fort de les remplir d’un trait à vous tout seul. Or, l’article 9 prescrit de ne jouir des parties communes que sans porter atteinte aux droits des autres copropriétaires».

Dans un dernier effet de manche, j’en appelle donc à la loi et je clos les débats.

Mes amis m’écoutent encore, sans mot dire, essayant de comprendre la fin de l’histoire. Me voilà encore à parler copropriété, conquérir les cœurs et frapper les esprits dans un généreux plaidoyer.

Et vous, vous faites quoi dans la vie ?

 

chronique assurée et rédigée par l’Association nationale des gestionnaires de copropriétéMembre de l'ANGC ? Abonnez-vous à la revue à un tarif préférentiel !
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