[N°653] la date d’AG

par Marieke de Daran, avec le concours de Gilles Frémont
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Un matin de mai, installée tranquillement à mon bureau un bon thé au jasmin à la main, je mets la dernière patte à une convocation d’assemblée générale qui doit partir le jour même. La saison bat son plein, les plis recommandés partent à la chaîne.

Le téléphone sonne, c’est Madame Duchesse de la résidence des Charmes qui m’interroge sur la date de la prochaine assemblée qu’elle attend avec impatience. Je l’informe que justement la convocation est prête, mais que la réunion ne se tiendra pas à la date qu’elle m’avait plus ou moins évoquée dans une conversation plus ou moins lointaine. L’échange devient subitement tendu. Elle refuse de m’écouter et me reproche de l’avoir fait exprès pour l’empêcher de venir, car Madame est en procès avec la copropriété depuis des années et un protocole doit être entériné. Sans ambages, elle me traite de menteuse, s’énerve et me raccroche au nez ! Interloquée, mes yeux posés sur ce téléphone maudit et mon thé à la main, je me plonge dans une sage introspection.


Entre mars et juin, il me faut placer une quarantaine d’AG, la plupart en soirée. Mon calendrier ressemble au jeu de l’oie, où un jour sur deux me renvoie à la case départ. Sont exclues d’emblée les vacances scolaires qui me retirent quatre semaines, puis je raye les veilles de week-end, les veilles de jours fériés et les veilles de viaduc (vive le mois de mai). Les possibilités se réduisent comme peau de chagrin. Puis je décompte les disponibilités des salles que je dois réserver, paroisses, gymnases et autres cafés-théâtres (on repassera pour la visioconférence) : «Ah non, désolé Madame pas le mardi, il y a club de bridge -Le jeudi ? Pas possible non plus, c’est catéchisme». Et comme il ne faut froisser personne (j’ai quand même un mandat à renouveler), j’écoute les contraintes et désidératas des uns et des autres : pas le mercredi, la présidente du conseil syndical garde ses petits-enfants, pas non plus après le 15 juin, le président part à la campagne. Et n’oublions pas non plus de composer avec l’agenda de l’architecte qui vient parler du ravalement, le pauvre est en AG tous les soirs lui aussi. Mais le casse-tête n’est pas encore fini, il faut, en dernier lieu, répondre aux exigences tactiques des différents copropriétaires du même étage. L’équation à six inconnues s’endurcie. La dame du 4e qui a un projet de travaux privatifs à faire passer ne sera pas là ; elle propose de décaler au lendemain, mais son voisin, qui a la ferme intention de voter «contre», refuse catégoriquement car il a déjà un rendez-vous (le match de foot à la télé). N’en jetez plus, la coupe est pleine. Donc, non Madame Duchesse, je ne le fais pas exprès, si ce n’est pas la bonne date.


Finalement, l’assemblée s’est tenue comme prévue, et Madame a pu se libérer. Avec abnégation, on finit toujours par y arriver, en tenant compte des obligations de tout le monde, et accessoirement, des nôtres.
 

chronique assurée et rédigée par l’Association nationale des gestionnaires de copropriétéMembre de l'ANGC ? Abonnez-vous à la revue à un tarif préférentiel !
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