Trier les biodéchets n’est pas simple en copropriété et rares sont les immeubles qui se sont lancés dans l’aventure. Lever les freins peut nécessiter l’intervention d’un professionnel.
Trier les déchets organiques comme les épluchures, le pain ou les fleurs fanées pour les composter devrait progressivement devenir la norme partout, y compris en copropriété. Le but est de valoriser ces déchets pour les transformer en biogaz ou en engrais et réduire ainsi la quantité envoyée en incinération ou en enfouissement. Selon les termes fixés par la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, tous les ménages doivent trier leurs déchets organiques qu’ils habitent en logement individuel ou en immeuble collectif depuis le 1er janvier 2024. L’ADEME (Agence de la transition énergétique) estime que cela représente un tiers des ordures ménagères et environ 83 kilogrammes par an et par habitant. Mais attention, si le tri des biodéchets est obligatoire pour tous les ménages, le compostage ne l’est pas : il ne faut pas confondre les deux. C’est à la collectivité d’organiser la collecte des biodéchets et de les composter. Pour autant, les copropriétés peuvent le faire sur la base du volontariat en proposant aux habitants de trier leurs déchets et de composter sur place. «C’est cependant extrêmement rare en copropriété nous en avons mis très peu en place et les copropriétés ont bien d’autres préoccupations», précise Pierre Taboni, président du Cabinet Taboni à Nice.
Pas de bilan officiel
Aucun bilan officiel n’existe depuis l’entrée en vigueur de la loi il y a un an, même si courant 2025 l’ADEME a établi un premier constat : 32 millions de Français ont désormais accès à une solution de tri des biodéchets. Autrement dit, seulement un sur deux peut réellement recycler ! Et parmi les personnes ayant accès à une solution de tri, 30 % disposent d’un composteur individuel ou collectif et 20 % ont accès à une collecte séparée des biodéchets. L’ADEME ne fournit aucun détail sur les copropriétés et précise qu’en réalité la collecte est encore en train de s’organiser. Les collectivités locales mettent en place les containers de manière progressive. En fonction des communes, les copropriétés ont reçu des bacs marrons ou gris réservés au tri des déchets organiques. Mais dans des grandes villes comme Paris, la collecte dans les immeubles a été interrompue car elle n’était pas suffisante pour être intéressante. En dépit de l’obligation, les occupants des immeubles n’ont en effet pas tous pris l’habitude de trier les biodéchets. Nombre de copropriétés sont d’ailleurs encore dotées de vide-ordure, ce qui n’incite pas au tri.
Lever les freins
L’un des freins au compostage au sein des copropriétés est d’abord le manque d’espace : un local poubelle assez vaste permettant de placer des bacs bien séparés, de façon à éviter les erreurs de tri est nécessaire. La ventilation doit également être suffisante pour prévenir les odeurs et permettre un compostage efficace. Cela limite le nombre d’immeubles qui peuvent réaliser ce type d’opération. Par ailleurs, le compostage nécessite l’adhésion des copropriétaires et une certaine organisation. En effet, un compost collectif doit être surveillé, retourné, humidifié. Sans un ou plusieurs copropriétaires volontaires, le compostage ne fonctionne pas. Lorsque l’un d’eux qui l’immeuble, il faut le remplacer. De plus, la gestion du produit final, c’est à dire décider où va le compost, qui le récupère et comment l’utiliser nécessite d’y réfléchir. Des freins juridiques peuvent survenir avec, par exemple, des copropriétés qui craignent d’engager leur responsabilité en cas de problème comme des odeurs, des nuisibles qui peuvent occasionner un trouble anormal du voisinage, avec des recours à la clé. Enfin, pour les petites copropriétés, le coût n’est pas nul. Il faut acheter un composteur mais aussi mettre en place un local adapté.
De rares pionnières
Quelques copropriétés pionnières se sont pourtant lancées au fil des années. Elles sont généralement dotées d’espaces verts extérieurs dans lesquels elles peuvent utiliser le compost pour nourrir leurs plantations. On peut citer, par exemple, les copropriétés «les Verdiers» et «les Sitelles» à proximité de l’Yvette à Palaiseau (Essonne), situées dans un espace commun de 10 000 m², arboré et agréable, dans lequel seront progressivement plantés des arbres de buissons et des fleurs. Dans ces immeubles, la récupération des végétaux et des déchets alimentaires compostables s’est développée grâce à un ensemble de composteurs. Ces dispositifs contribuent d’ailleurs à diminuer considérablement la masse des déchets à enlever par le service public (déchets alimentaires et verts). Un autre exemple, lillois cette fois-ci : dans une copropriété des années 1960 de 800 lots, des bacs à compost payés par la métropole ont été installés. Le projet a recueilli l’accord des copropriétaires en assemblée générale (art. 24) car ces derniers ont été rassurés par la présence d’un «maitre composteur» employé par la collectivité locale. Ce type de métier s’est développé ces dernières années. Il s’agit d’un professionnel spécialisé dans la gestion des biodéchets qui accompagne les collectivités mais aussi les copropriétés dans la mise en place et le suivi du compostage. Le maître composteur analyse les besoins d’un site, choisit le matériel adapté (composteurs collectifs, etc.).
Il installe ensuite les équipements et définit l’organisation comme les tournées de brassage mais aussi les panneaux à installer. Son rôle est ensuite d’assurer le suivi technique du compost, notamment l’humidité, l’aération, la température, de façon à obtenir un compost
de qualité sans nuisance. Enfin, il peut former les habitants, animer des ateliers, accompagner le conseil syndical et rassurer les copropriétaires. Un gardien ou un employé d’immeuble peut éventuellement être formé à ces fonctions permettant à la copropriété de se lancer.


