Entretien : Antoine Labruyère, consultant en recrutement

par YS
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Antoine Labruyère«Bac+2 à +4 avec une réelle spécialisation   immobilière»

Antoine Labruyère est le dirigeant du cabinet de recrutement Labord Consultants, installé à Paris et intervenant sur la France entière. L’activité de ce cabinet indépendant, fondé en 1992, composé de quatre personnes, est dédiée aux métiers de l’immobilier. Ce chef d’entreprise a exercé le métier de gestionnaire de copropriété, de directeur de cabinet et de directeur d’activité de 1994 à 2006, avant de s’installer à son compte comme consultant en recrutement.

Pour les copropriétaires, le syndic a souvent le visage d’un gestionnaire de copropriété, salarié. Comme pour le comptable en copropriété, le gestionnaire de copropriété est un professionnel recherché. Quels sont leurs formation et leur profil ?

Article paru dans les Informations Rapides de la Copropriété numéro 661 de septembre 2020

 

Pouvez-vous dresser pour les copropriétaires, une typologie des gestionnaires de copropriété en termes de qualifications et des fonctions associées ?

Il y a en effet «une base» pour être gestionnaire. C’est un métier extrêmement riche. Il est évidemment nécessaire d’être juriste et de maîtriser les différents textes régissant la copropriété, et la loi de 65 n’est pas le seul sujet ! La formation et l’expérience exigées dépendront de la complexité des immeubles à gérer et de leur nombre (immeubles et lots).

Il faut aussi être en capacité d’aborder une multitude d’autres thèmes comme la comptabilité, la fiscalité, la gestion technique, le droit social, le droit du travail… La richesse de ce métier nécessite d’aborder ,dans une même journée, une multitude de thèmes rendant l’exercice passionnant et aussi éprouvant parfois. Mais c’est l’un des seuls métiers permettant d’aborder autant de thèmes à mes yeux.

Enfin, il faut être doté de plusieurs qualités, à mon avis, essentielles pour assumer de telles responsabilités : écoute, pédagogie, réactivité, sens de l’engagement, stabilité, diplomatie, hauteur de vue, fiabilité, compréhension et analyse…

Le gestionnaire est un véritable chef d’orchestre qui doit pouvoir faire jouer plusieurs partitions en même temps. Il est le point d’entrée de toutes les problématiques liées à la gestion de l’immeuble mais il n’est pas un super concierge non plus !  Un petit rappel : Il gère les parties  communes.

C’est un métier passionnant fait pour des passionnés qui ont envie d’apprendre en permanence, de se remettre en question et qui ont envie d’être utiles à l’autre. C’est un métier avec de lourdes responsabilités, souvent méconnues et mal considérées, même si les choses bougent un peu à ce sujet mais trop doucement à mes yeux...

 

Quels sont les profils recherchés par vos clients pour ces métiers ? Age, expérience formation ?

Il n’y a pas vraiment de profil type. L’entreprise, sa direction, l’équipe, le portefeuille avec sa taille et le type d’immeubles, sont autant d’éléments qui vont venir influencer le recrutement. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs nous allons à chaque fois dans le détail avec les employeurs pour bien comprendre les impératifs du poste. On ne gère pas des immeubles neufs comme des immeubles canuts ou des immeubles haussmanniens. Les problématiques sont différentes et les copropriétaires aussi. Un nouvel arrivant n’est pas intégré de la même manière au sein d’une équipe posée qui se connait parfaitement par rapport à un cabinet récent où les collaborateurs ont la trentaine…

Cependant, dans la large majorité des cas, nous rechercherons des niveaux de formation allant de bac+2 à +4 avec une réelle spécialisation immobilière et nous regarderons en détail pour les profils expérimentés leur stabilité et les raisons de leurs différents mouvements d’une entreprise à une autre.  Un gestionnaire qui ne reste pas en poste plus de trois ans, devra vraiment disposer d’arguments solides pour expliquer ses différents passages.

 

Quelles sont les fourchettes de salaires proposés selon l’échelle des qualifications et selon que le cabinet est implanté en Ile-de-France ou dans les autres régions ?

La copropriété est un métier qui peut permettre de bien gagner sa vie si l’on est courageux !

Je vous propose de compartimenter les choses en quatre rubriques même s’il y a des variables d’ajustement en fonction de la formation – par exemple pour les profils débutants, – de la personnalité, de la stabilité… Je vais citer des bases franciliennes auxquelles il est possible de retirer 20 à 25 % en fonction de la région d’exercice, hors grande agglomération où c’est plutôt une baisse de 10 à 15 % des rémunérations :

- gestionnaire débutant : 25 à 30 K€ par an ;

- gestionnaire junior (moins de trois ans d’expérience) : 30 à 38 K€ par an ;

- gestionnaire confirmé (trois à cinq ans d’expérience) : 39 à 50 K€ par an ;

- gestionnaire senior : au-dessus de 50 K€ par an.

Ces chiffres sont à prendre avec mesure ; ce sont des moyennes et comme toute moyenne, les écarts sont importants et il y a inévitablement 5 % de cas qui ne sont pas dans ces repères. Mais depuis 27 ans que notre cabinet existe, ce sont les chiffres qui ressortent.

 

Compte-tenu des exigences sans cesse accrues de connaissances tant juridiques que techniques et de la médiocre attractivité du métier, quels sont les profils atypiques de gestionnaires que l’on peut trouver ?

Nous constatons depuis quelques années une petite augmentation des profils en reconversion issus de l’univers de la grande distribution ou de la restauration et du commerce, âgés de 40 à 55 ans, qui sont très souvent de très bons profils avec une prise en charge du client de qualité et un sens de l’effort et une volonté de bien faire, faisant plaisir à voir. Ce sont des gestionnaires qui nécessitent de mettre en place un encadrement dédié. Cela peut être aussi l’occasion de faire grandir un membre de l’équipe vers ce type de fonction tout en restant gestionnaire et donc de fidéliser aussi des collaborateurs en poste. 

Mais vous parlez d’attractivité et cette dernière période de confinement montre aussi à quel point ce métier est pérenne. Les immeubles existent, il faut les gérer. C’est un élément important dans l’analyse de l’attractivité d’un métier même si tout le monde n’est pas fait pour être gestionnaire. La stabilité de ce secteur permet de “se sécuriser”. Il faut aussi faire œuvre de pédagogie auprès des plus jeunes dans les écoles car ce métier est parfois décrié par des gens ne l’ayant jamais exercé ! Il est impératif d’aller donner de l’information aux étudiants et plusieurs acteurs s’en chargent, comme nous d’ailleurs. C’est une très bonne chose. Et nous pouvons constater qu’après une présentation de la copropriété, plusieurs étudiants se montrent intéressés.

 

La promotion interne pour faire “grandir” un(e) assistant(e) au poste de gestionnaire de copropriété, par exemple, est-elle envisageable ?

Oui, c’est complètement envisageable et cela donne de très bons résultats dans la majorité des cas. Mais ce n’est pas non plus une obligation. Un ou une très bon(ne) gestionnaire pourrait faire un ou un(e) piètre assistant(e) et vice versa. C’est là où la connaissance de son équipe est importante, où l’échange est primordial. Il faut que les projets se nourrissent entre eux. Un(e) assistant(e) qui se réalise dans son métier c’est une très bonne chose et cela permet de créer un binôme équilibré, efficace et reconnu pour son professionnalisme.

En revanche, il est aussi vrai que d’être passé par le rôle d’assistant(e) permet d’être en conscience de ce que l’on demande à son binôme quand on est devenu gestionnaire, et de ce fait mieux comprendre les impératifs qui s’imposent et mieux s’entraider. Cela permet aussi de respecter le rôle d’assistant(e) qui est primordial dans la réussite de son rôle de gestionnaire.

 

labord consultant